Mes muscles sont
atrophiés. La sueur dégouline de chaque
parcelle de mon corps fébrile. Et la boue. Beaucoup de boue qui
macule mes vêtements. Je suis sale et fangeux.
Je me retrouve prisonnier dans cette
fosse remplie de terre putride. Je nettoie mes mains crasseuses sur
le pan de mon pantalon , mais la bourbe ne s’en va pas
comme ancrée profondément dans mes paumes.

Que se passe-t-il ? Pourquoi je ne
cours plus ? Je n’aurais pas dû m’arrêter !
Où est la femme belle et angélique ? Pourquoi tout
disparaît ? C’est indubitable, tout finit un jour par
disparaître. Rien ni personne n’est immortel. La vie s’achève un jour ou
l’autre, ne dure jamais éternellement. Et nous suivons tous
la même voie, même si nous empruntons des chemins différents pour y
arriver : la mort nous attend au bout.
Mon
cœur palpite, il semble vouloir s’élancer violemment
hors de ma poitrine. Mes yeux essayent de s’habituer à
l’obscurité menaçante, la pluie tombe dru, et pourtant je ne
suis pas mouillé. Dommage, l’eau aurait pu me nettoyer,
enlever les souillures qui recouvrent mes mains. Je déteste être
négligé. Je dois être parfait en apparence. Sûrement pour
dissimuler l’horrible partie qui se terre en moi. Ce monstre
que je tends à vaincre malgré tout, mais qui garde le plus souvent
le dessus. Je ne suis pas assez fort pour le moment pour le
combattre. Les faiblesses sont humaines. Et malheureusement, je ne
suis qu’un homme. Un homme qui n’a rien
d’invinscible même s’il prétend
l’être.

La lune blafarde vint enfin éclairer le trou béant
dans lequel je suis arrivé. Même si je ne sais pas comment. Je
n’ai pas dû tomber, car je ne suis pas blessé. De toute
manière, je suis assez solide pour éviter les blessures
superficielles. Mon corps est bien plus robuste que mon âme.
C’est un constat qui me rend amer.
Alors, je les vois. Trois sépultures
mortuaires. Vieilles et défraîchies par le temps, envahies pas les
ronces et les herbes mortes. Ce spectacle morbide m’extirpe
un cri, je frissonne. Pourtant, il ne fait pas froid. Non, à vrai
dire, j’étouffe, la chaleur est irrespirable.

Une odeur nauséabonde me traverse alors
les narines de façon fulgurante. Une odeur insoutenable, une
odeur… de mort, de pourriture, de chair putride.
Un drôle de présentiment
m’accapare. Je sens une présence, un frôlement.
À qui appartiennent ces tombes ?
Nulle gravure, nul portrait. Pourtant, je suffoque, mes yeux se
remplissent de larmes. Est-ce que je les connais ? Ces tombes
inconnues le sont-elles vraiment ? Qui sont les personnes qui
reposent en paix sous ce tas de terre ?
La douleur s’ancre alors dans ma
chair.
-
Tu le sais. dit une voix chantante, qui heurtèrent mes
oreilles. C’est toi qui les as
enterrées. As-tu si facilement oublié ?

Je lève la tête pour apercevoir l’intrus. Je pense le
connaître, mais je n’en suis pas si sûr. J’aurais
pourtant juré… Cet homme ne m’inspire guère confiance.
Je suis certain de ne pas l’aimer, de le détester même. Son
sourire me glace d’effroi, je me fige comme un cadavre, avant
de retrouver la parole.
Ma voix résonnait d’une drôle de
manière ici. Comme un écho lointain et métallique. J’eu
l’impression qu’elle ne m’appartenait pas
réellement. Qu’elle provenait d’autre part, bien hors
de moi.
Je ne contrôle plus rien.
-
Qui es-tu ? hurlais-je pour couvrir le craquement sinistre
d’un orage soudain.
L’éclair illumina le visage de
l’inconnu, son sourire observait un contraste détonant avec
le reste de l’atmosphère. Il semblait presque joyeux,
balançant sa jambe dans le vide d'un air
jubilatoire.
-
Et toi ? Sais-tu qui tu es ? Ou plutôt...ce que
tu es?
-
Derek. Je m’appelle Derek Petersen!! Aide-moi à sortir
d’ici ! le conjurais-je, suppliant, malgré mon
appréhension à son égard.

-
Je suis désolé. Je ne peux rien faire pour toi .
-
Pourquoi ?!! Tu ne peux pas me laissé croupir ici au milieu de
ces tombes!
-
Certaines choses sont inéluctables. Et puis, tu as mérité ton
sort.
-
Tu as dis que je connaissais les personnes enfouies ici! Mais, je
n’en ai aucun souvenir ! Qui est-ce ?! Qui "dort"
ici??
-
Tu dois creuser. dit-il simplement. Peu-être, tu trouveras la
réponse par toi-même.
-
Creuser ? Pour quoi faire ?
-
Creuse !
Et sans savoir comment, je me
retrouvais avec une pelle rouillée à la main. Et je me mis à
creuser un trou.
Longtemps, très longtemps.
L’homme aux cheveux noirs continuaient à m’observer
avec un rictus étrange, mais je décidais de ne plus y prêter
attention, et de l’ignorer.
Je l’entendais parfois siffloter,
l’air de rien.
J’avais de plus en plus chaud, de
plus en plus soif, je transpirais à n’en plus
finir.

Tandis que je creusais de plus en plus
profondément, la vérité me foudroya plus violemment
qu’un éclair chargé d’éléctricité.
C’est ma propre tombe que je
creusais . Je lâchai la pelle, horrifié.

Et à côté de moi, reposait des femmes.
Des femmes que je connaissais ou que j'avais connu.
RILEY GREEN
AUBREE BAKER
EilEE BROWMAN
-
Tu as enfin compris ? me demanda mon juge, cynique. Si
j’étais Dieu, je t’empêcherai d’aimer. Je
t’ôterai immédiatement et irrévocablement cette capacité. Tu
n’es pas digne de ce sentiment. Tu finiras par toutes les
perdre. Et tu te retrouveras seul. Tout seul. Tu les briseras une à
une. Parce que c’est tout ce que tu es capable de faire. Tu
n'es pas un homme bien, et le monde se porterait bien mieux sans
toi.
Mes jambes furent coupées par
l’émotion. Genoux à terre je hurlais dans la nuit noire. Ma
tête s'affaissa, mes yeux se vidèrent.

Je
m’assis sur le sol humide, triste et désespéré. Je renoncais
à me hisser hors de ce caveau de fortune. Je resterai là,
jusqu’à ce qu’une personne daigne me sauver ou alors je
dépirirais avec ma solitude comme dernière accusatrice. Personne ne
serait témoin de ma décrépitude.
Oui, je savais qui j’étais. Derek
Petersen. Un homme égoiste, aggressif, sournois. Depuis quand je me
terrais dans le mensonge ?
-
Ne perds pas espoir, me dit alors une voix extrêmement
douce.

-
Ri…ley. Tu es si belle…Laisse-moi te rejoindre, je
t’en supplie !
Encore faut-il que j’expie toutes
mes fautes, tous mes péchés afin de ne pas me retrouver au
purgatoire. De toute
façon, le monde était devenu le pire et le plus effroyable des
enfers sans l’amour de Riley. L’ultime châtiment pour
mes crimes. Je ne méritais que cela.
Elle m’irradia de son merveilleux
sourire.
-
Tu ne devrais plus fuir Derek. N’as-tu pas retrouvé
l’amour ? N’es-tu pas de nouveau
heureux ?

Mon cœur fit un bond et un
terrible élan de culpabilité rongea son
cœur.
-
Je suis désolé. articulai-je avec difficulté. Ca ne veut pas dire
que je t’ai oublié, mon Amour. Loin de là. J’essaie
juste de…reprendre ma vie en main. Eilee est une fille
bien…Elle m’a aidée à m’en sortir quand
j’étais au plus bas, elle m’a tendu une main
secourable. Je crois bien que je suis amoureux. Mais, j’ai
compris la leçon Je ne me contemplerai plus jamais dans des
histoires destructrices . La passion est mon ennemie la plus
fervente et je dois l’éloigner de moi. Ce que j’ai
fais…Même si je dois regretter toute ma vie d’avoir
repousser le véritable amour, je ne veux plus jamais revivre telle
passion ardente et dévorante. Tu seras mon Unique.
Riley tendit une main vers mon visage,
ses doigts froids frôlèrent ma joue, sans réellement la
toucher.

-
Ne sois pas désolé. Je veux seulement que tu sois heureux Derek.
Ton bonheur serait ma plus grande récompense. C’est mon
vœu le plus cher depuis que je t’ai quitté. Je
t’ai causé tant de chagrin et de
souffrance…
-
Ce n’est pas ta faute ! protestais-je avec colère.
C’est moi ! Je n’ai pas été assez fort ! J’ai
laissé la tristesse me submerger et faire de moi un homme froid et
insensible !
-
Tu dois t’en aller, maintenant. dit-elle
prestemment. Tu peux
encore faire des choix différents. Il est encore temps
d’ouvrir les yeux.
Son corps frêle s’éloigna de moi
dans une lumière aveuglante.
-
NON ! Riley !! Ne t’en vas pas ! NE ME LAISSE
PAS ICI !!
-
Ouvres simplement les yeux.

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